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mémoire enfouie

Dans le cadre de la Fête de la Science, avec le soutien de la Région des Pays de la Loire

mercredi 27 septembre, 14-16h30 : Cinéma, webdocumentaire et devoir de mémoire, en participation avec l'Atelier Canopé de Maine-et-Loire
Comment combiner la projection d'un film et les ressources d'un web-documentaire en ligne pour sensibiliser à la mémoire des génocides et permettre un travail de mémoire avec eux ?

J, Angers connectée jeunesse, 12 place Imbach à Angers

Informations et inscriptions : Réseau Canopé

jeudi 12 octobre, 20h : Incertitude de la mémoire
Film documentaire
Je me souviens donc je me trompe 
(France, 52 min.) de Raphaël Hitier, présenté et commenté par le Dr Jean Barré du Centre Mémoire de Ressources et de Recherche, Département de neurologie du CHU d'Angers
 
Institut Municipal, place Saint-Eloi, Angers
Gratuit

vendredi 13 octobre, 19h : Soirée-contes
A la recherche des souvenirs perdus,
balade aventureuse dans les couloirs du Temps
, avec Sylvie de Berg


Notre mémoire est-elle un capital garanti, se limite-t-elle à ce que nous avons vécu dans notre vie ? Et si elle était plus vaste et mystérieuse que ce que nous pensons ?
Des Contes à découvrir pour s’étonner et sortir des souvenirs connus.

Le Comptoir des livres, 15 rue Saint-Maurille, Angers
dès 12 ans
10 €, plus consommations
réservations : 02 41 86 70 80

mardi 17 octobre, 20h15 : Film
Le Labyrinthe du silence (Allemagne, 124 min.) de Giulio Ricciarelli, avec présentation et débat en présence de Louis Mathieu, président de l'association Cinéma Parlant et de Karine Engel, adjointe au Maire d'Angers pour le Devoir de Mémoire
Cinéma Les 400 coups, 12, rue Claveau, Angers
Tarifs habituels aux 400 Coups : 8 €, réduit 6,50 €, carnets 5,30 € ou 4,70 €, moins de 26 ans 5,90 €, moins de 14 ans 4 € - tarif groupe, les matins  également, sur réservation (02 41 88 70 95) : 3,80 € 

jeudi 19 octobre, 18h30 : Conférence
Mémoire collective, mythe et réalité , par Geoffrey Ratouis, docteur en histoire, spécialisé en histoire culturelle

Vercingétorix jetant ses armes aux pieds de Jules César, Clovis brisant le vase de Soissons, Jeanne d'Arc libérant Orléans, Christophe Colomb découvrant l'Amérique : autant d'images d'Epinal, jadis inculquées dès le plus jeune âge à nos chères têtes blondes et qui ont forgé notre récit national. Pour autant, quelle est la part de vérité entre les mythes qui ont modelé notre mémoire collective et la réalité ?
Cette conférence se propose de revisiter les grandes figures du passé à la lumière des faits et de l'histoire.
Institut Municipal, place Saint-Eloi, Angers
Gratuit

vendredi 20 octobre, 20h : Atelier d'écriture, avec Véronique Vary de l'association Passez-moi l'expression !)
La nostalgie des objets

Les objets sont notre mémoire collective enfouie. Venez reconstituer avec les autres participants le puzzle de nos mémoires dans une ambiance vintage garantie !
La Marge, 7 rue de Frémur, Angers
Ouvert à tous : novices ou plus expérimentés
40 euros le cycle / 12 euros l'atelier
Renseignements et réservations : 06 81 30 64 63 - varyveronique@hotmail.com

mardi 24 octobre, 13h30 : Film
Vice-Versa  (USA, 95 min.) de Pete Docter, présenté par Gildas Jaffrennou, enseignant cinéma, spécialiste du cinéma d'animation

Cinéma Les 400 coups, 12, rue Claveau, Angers
à partir de 8 ans
Tarifs habituels aux 400 Coups : 8 €, réduit 6,50 €, carnets 5,30 € ou 4,70 €, moins de 26 ans 5,90 €, moins de 14 ans 4 € - tarif groupe, les matins  également, sur réservation (02 41 88 70 95) : 3,80 €

Du 5 au 10 octobre
Cinélégende propose également aux professeurs de svt des collèges des clefs pour comprendre le fonctionnement de la mémoire : des interventions pédagogiques dans les classes, assurées par Gildas Jaffrennou et consacrées au processus mémoriel.
Gratuit, dans le cadre de la Fête de la Science
Contact : 06 67 71 63 39
 

Commentaires

Textes de Philippe Parrain

Les individus, comme les sociétés, ne sont pas le produit d'une génération spontanée. Chacun reçoit en héritage tout un passé : les instincts propres à l'espèce, la filiation, les caractères transmis par les gènes, le contexte géographique et historique... Sans oublier, peut-être, l'empreinte laissée par des vies antérieures, ou les sorts que de bons ou mauvais génies auraient pu dispenser à la naissance. Un patrimoine qui va composer autant de destins singuliers. Les Grecs parlaient de Moïra pour désigner cette part de bien et de mal, de fortune et d'infortune, de bonheur et de malheur qui se trouve ainsi assignée à chacun et dont il est impératif de se satisfaire afin de ne pas encourir le châtiment des dieux.

C'est sur ce terreau - ces strates superposées, en attente de révélation - que se greffe ensuite l'expérience : un long apprentissage au fil des ans dont les fruits, conscients ou non, s'amoncellent au creux de la mémoire et s'agrègent les uns aux autres. Ainsi que l'oubli, tout aussi nécessaire que les souvenirs pour affirmer une identité…

Le cinéma, qui observe et sonde la réalité, est un outil privilégié pour comprendre comment se façonne un devenir, entre prédestination et initiative, inquiétude et confiance, enrichissement et régression, pour voir comment un personnage se modèle au sein de l'environnement qui l'a vu naître.

Le Labyrinthe du silence

Le Labyrinthe du silence, premier long-métrage d'un réalisateur germano-italien, traite, avec une rigueur tout allemande, un sujet de dénonciation politique dans la tradition d'un Elio Petri ou d'un Francesco Rosi.

Le film rend compte de faits historiques et a été écrit en faisant appel à la participation de ceux qui en ont été les acteurs. Ce procès, connu comme le "second procès d'Auschwitz" (le premier s'étant tenu à Cracovie en 1947), s'est effectivement déroulé de décembre 1963 à août 1965 à Francfort. Vingt-deux membres de la direction du camp de la mort y ont été jugés. Alors que le procès de Nuremberg (1945/46) avait été l'affaire des vainqueurs, cet épisode, vingt ans après les événements, marqua pour une nouvelle génération un tournant dans les rapports que l'Allemagne entretenait avec son passé.

Le scénario est fidèle à la réalité et les protagonistes du film, tels le procureur général juif, Fritz Bauer ou le journaliste Thomas Gnielka,ont conservé leurs noms. Le seul personnage fictif est le héros, Johann Radmann, portrait composite de trois personnes réelles, qui a été créé afin d'établir le lien avec les spectateurs.

Voir le dossier pédagogique

Vice-versa

Ce film décrit le délicat moment du passage de l'enfance à l'adolescence, lorsque la personnalité se construit au fil des expériences, en lien avec les souvenirs qui se sont ainsi accumulés.

C'est en regardant sa propre fille grandir que Pete Docter - qui avait déjà réalisé Là-haut - eut l'idée de créer un film qui serait centré autour des émotions humaines et qui chercherait à répondre à la question qu'un grand nombre de parents se posent : "Que peut-il bien se passer dans la tête de nos enfants lorsqu'ils grandissent ?" . Il a voulu se tenir près de la réalité scientifique, et s'est assuré le conseil de psychologues pour décrire le quartier cérébral où s'affairent les émotions et se forment les souvenirs qui iront rejoindre le gigantesque entrepôt de stockage de la mémoire à long terme.

L'enjeu de la réalisation était de faire cohabiter, en les identifiant visuellement, deux univers différents : la vie de Riley et ce qui se passe dans sa tête.

Voir le dossier pédagogique

télécharger le livret au format PDF

thèmes mytho-légendaires des films

Apprentissage de la marche par Riley
Une grande partie de la masse des informations qui sont archivées dans notre mémoire deviennent instinctives et nous aident, sans que l’on en prenne conscience, à vivre au quotidien : l’apprentissage de la marche ou de la parole, la reconnaissance de ses proches ou les gestes de la vie courante que l’on répète sans y réfléchir, et pourquoi pas aussi, tout simplement, les battements du cœur ou le processus de la respiration qui figurent parmi les premières choses que l’organisme a apprises…

On se trouve par ailleurs contraint de refouler ou d’oblitérer certains souvenirs traumatisants, susceptibles de troubler notre conscience, et il peut être difficile de déterminer dans quelle mesure cela relève d’une volonté déterminée d’amnésie ou bien d’un simple instinct de survie.

Faut-il alors réveiller le passé, sonder les archives, convoquer les vieilles images qui viennent vous tourmenter, remuer les eaux troubles du souvenir ? Qu’en est-il du devoir de mémoire ? Le fait qu’un film comme Nuit et brouillard ait été retiré de la sélection officielle du festival de Cannes en 1956 témoigne sans doute, au-delà du fait de constituer une "entrave au processus de réconciliation franco-allemand", d’un sentiment de culpabilité et de honte collectives.

LA FAUTE ORIGINELLE

Tout homme heureux est coupable.
Charles Péguy, Les Suppliants parallèles, à propos d’Œdipe

Les premières images du Labyrinthe du silence montrent des enfants jaillissant librement dans la lumière d’une cour de récréation. Mais leur élan se trouve figé contre une grille où soudain s’affiche la réalité de l’horreur. Sont-ils aussi innocents qu’ils le paraissent  ? Déjà une maîtresse tire l’oreille de l’un d’entre eux et les professeurs se plaignent de l’indiscipline de leurs élèves…

L'horreur passée resurgit face à Simon
Radmann, devant le miroir, s’exerce à faire régner la justice et la probité en sanctionnant le meurtre  ; il se lave les mains avant d’aller incriminer une jolie contrevenante. Il se considère certainement comme innocent et honore la devise de son père : «  Justitia, veritas, humanitas  ». Ce père qui, pourtant… Le jeune procureur, qui fait passer la rigueur de la justice avant la plus simple humanité, va devoir endosser l’indignité paternelle, de la même façon que tous les hommes portent la mémoire de la faute primordiale commise par Adam et Eve: la marque, transmise à la naissance, d’un traumatisme fondamental.

Le film nous dit que l’Allemagne des années 50 s’imposait le silence. L’hécatombe d’Auschwitz n’y en a pas moins nécessairement laissé des traces. « Auschwitz, c’est les histoires enfouies qui se sont déroulées ici et qui ne sont pas visibles à l’œil nu », explique Gnielka. Même tue, objet de déni, la mémoire s’impose à ceux qui en sont les dépositaires ; elle les oblige. Tout acte implique des effets, des conséquences qui peuvent outrepasser l’existence d’un seul individu ou d’une seule communauté. C’est ce que proclament les religions qui, étymologiquement, ont vocation de relier. Le Destin, par exemple, frappe durement Agamemnon qui aurait préféré ne rien savoir des crimes commis par ses ancêtres, les Atrides. Les hindous doivent répondre de ce qui a été accompli dans des vies antérieures. Dans de nombreuses communautés, un crime individuel constitue une menace pour tous, tandis que l’élimination d’un seul bouc émissaire rétablit l’équilibre général. Des lois de causalité déterminent le nécessaire enchaînement de nos actes individuels ou collectifs. Les lois de la nature elles-mêmes font dépendre la survivance des espèces de celle de toutes les autres.

La responsabilité de chacun se trouve donc engagée. Souvent la mémoire voudrait ignorer cette réalité et, sans qu’il y ait vraiment refoulement au sens psychanalytique du terme, nombre de souvenirs s’en vont rejoindre l’inconscient. Ce sont eux que Radmann entreprend de réveiller. Mais qui accuser de l’existence du mal ?

Lorsque les dieux se retirent …

La faute sans coupable renvoie à une culpabilité divine. […] Il y a plus scandaleux encore que la faute commise innocemment : l’héritage de la faute qui supprime jusqu’au lien personnel qui unit le héros à son crime.
Jean-Marie Domenach, Le Retour du tragique

Quels crimes les victimes d’Auschwitz, ou leurs ancêtres, se souviennent-ils d’avoir commis ? Quelle puissance supérieure a donc scellé leur destin ? Se sentant abandonné (« Dans le camp, Dieu n’était pas là »), Simon refuse d’évoquer le passé jusqu’à ce que celui-ci s’impose trop violemment à lui. Pour les Allemands aussi, Dieu n’était plus là ; ils ont voulu le réinventer, créer un nouveau culte, tout en oubliant le respect dû à la vie humaine. Alain Houziaux note que « ce sont souvent d’anciens criminels (nazis par exemple) qui affichent une conception rigide de la rigueur morale. Ils revendiquent une forme de moralité légaliste d’autant plus qu’ils refoulent le souvenir d’avoir transgressé cette loi et qu’ils s’en sentent coupables ». « Pour que l’ordre règne… », est-il écrit dans le compte-rendu d’un assassinat lu par Radmann et Gnielka. Et, tandis que les bourreaux aspirent à se dissoudre dans l’anonymat, leurs enfants, frappés d’amnésie collective, se voient amputés de leur mémoire.

L'enquête
Une amnésie qui, comme le refoulement freudien, rejoint la cécité d’Œdipe : l’inconscience, la négation d’une culpabilité atavique. Radmann doit entreprendre un travail de fourmi, une véritable anamnèse, pour plonger au plus profond des archives et en traquer les secrets intimes ; et ce n’est qu’au terme d’un pénible accouchement mental, encouragé et tempéré par le procureur général Bauer, qu’il se découvre tel qu’il est, héritier d’une société, fils d’un père qu’il lui faudra bien "tuer", à titre personnel aussi bien qu’à titre collectif. Dans un monde devenu pour lui incompréhensible, il se trouve aussi bien confronté à la culpabilité de tous ses proches, de son compagnon de lutte Gnielka, ou du père de son amie Marlene, au point de déchirer sa liaison avec celle-ci. Tout le monde, finalement, est impliqué, et c’est dans un immonde marécage qu’il s’enlise. La mise en scène insiste sur les moments où l’on boit, où l’on trinque au fil de l’enquête. Une façon de se conforter entre soi, ou bien d’essayer en quelque sorte d’oublier, de prendre ses distances ? Seul Simon cependant, qui voudrait tout effacer, se laisse emporter par l’ivresse.

Devoir de mémoire donc, ou devoir d’oubli ? « Ça ne fera de bien à personne, ni à vous, ni à nous. Laissez tomber ! », conseille l’Américain. « Tout ce que vous allez faire, c’est rouvrir d’anciennes blessures, des blessures qui commencent à peine à guérir  ! », intervient le procureur en chef. Simon lui-même se résigne : « Vous n’en avez jamais assez ? Qu’est-ce que ça va changer ? ». Et, après tout, qui faut-il mettre en cause ? Dieu qui, en se retirant, a permis de telles atrocités ? Mais on se souvient que ce sont Adam et Eve qui, voulant se substituer à lui, se sont retrouvés privés de sa présence, un bannissement qui en soi représentait le châtiment suprême.

Découverte d'Auschwitz
Dès lors la quête du vrai coupable peut sembler illusoire. Radmann en prend conscience : « J’ai toujours voulu me battre pour le bien. Mais je ne sais plus ce que ça veut dire. Et qui suis-je pour accuser qui que ce soit ? Si ça avait été moi, je ne peux pas savoir ce que j’aurais fait. » Gnielka le rappelle à la nécessité de se souvenir : « Il ne s’agit pas de punition, mais des victimes, et de leur histoire. » Ce qui sans doute n’éteindra pas la malédiction : l’actualité du monde semble montrer la fragilité des leçons de l’histoire ; Atom Egoyan rappelle dans Ararat - cet autre film consacré à la mémoire d’un peuple - comment Hitler avait justifié sa politique : « Qui parle encore aujourd’hui de l’extermination des Arméniens ? »

La lutte contre le monstre

Il faut apprendre à l’homme à sentir que son destin est dans sa volonté !
Friedrich Nietzsche
Incursion dans l'antre de Mengele

Quoi qu’il en soit, la vérité doit être dite, et la mémoire ravivée. Le jeune procureur se sent investi d’une mission. Chevalier aussi naïf et impulsif que l’était Perceval, il part en quête d’aventure. Tout feu tout flamme, il sacrifie sa vie personnelle et fonce vers le danger. C’est ainsi que son inconscience le pousse à se précipiter, tête baissée et sans arme, dans l’antre même du monstre Mengele, ou à se mettre à courir pour rattraper un avion… Il n’arrive au début qu’à faire le mal en voulant faire le bien. Son nom même (radmann, "l’homme à la roue") suggère une course immobile, un mouvement perpétuel qui tourne en rond, sur lui-même. Mais l’important est de vouloir prendre les choses en mains.

Le héros s’engouffre donc dans un labyrinthe sur des voies qu’il ne comprend pas toujours. Son mentor, le procureur général, se charge de guider ses pas ; il lui confie en quelque sorte le fil d’Ariane qui lui permettra de s’en sortir. Car ce labyrinthe s’avère beaucoup plus tortueux qu’il ne l’aurait cru : « La situation est bien plus compliquée », le réprimande Bauer qui tente de réfréner sa fougue. Et inévitablement Radmann se fourvoie en chemin ; il flanche et est sur le point d’abandonner. Le Minotaure qu’il poursuit est en fait un dragon dont les multiples têtes repoussent lorsqu’on les coupe : le professeur qui a été suspendu se retrouve aussitôt à la tête de sa classe. Par là, Radmann pourrait faire penser à Hercule luttant contre l’Hydre de Lerne, plutôt qu’à Thésée.

La douleur de Simon
Le monstre connaît des réveils successifs, plus horrifiants les uns que les autres : tout d’abord le témoignage de Simon sur le sort réservé à ses filles, puis les dépositions des rescapés, les arrestations des suspects et, à défaut d’une rencontre avec Mengele, un grand vide qui répond à la froide planification des nazis. Radmann enfin plonge dans une nuit sinistre, emporté par une voiture qui prend l’aspect d’une machine de mort, et atteint les tréfonds de la mémoire : Oswiecim, Auschwitz. Il s’y voit alors lui-même, à la façon de Lovecraft qui, dans Je suis d’ailleurs, découvre dans un miroir sa propre image, « cette abomination dressée dans le grand cadre doré ».

Le combat libératoire sera livré en terrain clos. Ce sera l’ouverture du procès. La loi, qui s’impose à tous, aux dieux eux-mêmes, pourra alors s’y exercer, sachant que, pour Fritz Bauer, « ce procès doit moins se pencher sur le passé que nous indiquer l’avenir ».

Un héros tragique ?

Ah ! qui pourra donc extirper ce germe d’exécration ?
Eschyle, Agamemnon

Le procureur Radmann
Même si le dénouement lui donne finalement raison, le chevalier blanc Radmann court après sa condamnation. Tel un héros de tragédie, il s’investit totalement dans sa quête et progresse vers une vérité que le spectateur connaît déjà. Son action est juste, mais cela ne l’empêche pas de participer de la culpabilité générale. Il reste en cela l’objet du Destin, en conflit avec les dieux qui brisent implacablement ceux qui succombent à ce que les Grecs désignaient sous le nom d’hybris, la "démesure" : celle des nazis, bien entendu, assoiffés de pouvoir et insensés au point de vouloir anéantir le peuple de Dieu, mais aussi celle dont il fait personnellement preuve dans son ambition et son aveuglement. À la fois coupable et innocent, il prend conscience de lui-même et de sa situation, par-delà les concepts du bien et du mal. Ce sera l’Histoire qui se chargera de ramener son combat à une juste mesure. Le procès, assumé par l’ensemble des responsables, prend la forme d’un sacrifice expiatoire : la nécessaire purification d’un peuple.

Fatum, "c’était dit", disaient les Latins ; mektoub, "c’est écrit", disent les Arabes. Le sort des individus est déterminé à l’avance, on ne peut qu’assumer son destin. Mais il doit s’agir d’un choix volontaire, conscient. Comme le disait Sénèque : « Les destins conduisent celui qui accepte et traînent celui qui refuse ». Loin de se soumettre à la fatalité, l’homme doit s’y confronter et la conjurer, héroïquement s’affirmer. Le libre arbitre n’est pas nié, il est simplement affecté par les circonstances dans lesquelles on se trouve engagé. Le héros du Labyrinthe du silence, et en fait tout individu, de par la nécessité d’endosser son héritage personnel, sa mémoire profonde, peut révéler une dimension tragique. C’est ainsi que Radmann doit lutter contre ses démons intérieurs et, tout en se retrouvant incriminé, endosser sa filiation. Otto Rank s’accorde avec Freud pour dire que les héros « tuent des monstres que l’on peut facilement concevoir […] comme des substituts paternels ».

Le retour vers Marlene

Une fois l’horreur exorcisée, le monde reprend son cours, le train de la justice est remis sur les rails, la loi punit les petits et les grands coupables et, une fois le traumatisme passé, peut-être y aura-t-il une nouvelle vie pour Radmann : l’oubli du père, la réconciliation avec la mère, et qui sait le raccommodage de sa relation avec Marlene ?

Et Riley ?

Qui est le responsable de la programmation des rêves ?
Joie dans Vice-versa

Le labyrinthe de la mémoire
Certes la petite héroïne de Vice-versa n’a rien d’un personnage tragique. Le film n’en montre pas moins un personnage vulnérable, dominé et conditionné par l’impressionnante masse des souvenirs qui s’accumulent dans les circonvolutions de son cerveau et qui constituent sa mémoire. Soumise aux jeux de ses émotions, elle doit faire face à des épreuves, et se forger une identité en préservant ou en rejetant tels ou tels souvenirs. Seule cependant est vraiment évoquée ici la mémoire dite "épisodique", celle dont on prend conscience et qui se cristallise en petites boules colorées qui vont d’abord alimenter la mémoire centrale avant de rejoindre la mémoire à long terme... Il n’est par contre pas fait mention de la mémoire profonde, héritée entre autres des parents de Riley, qui existait déjà à sa naissance : comme si sa vie se développait sur un terrain vierge. De ce vaste secteur de la mémoire qui représente les couches inférieures de la personnalité, on ne visite que les oubliettes vers lesquelles sont aspirés tous les souvenirs devenus inutiles.

Il n’en reste pas moins que, comme pour les princesses des contes de fées, de bonnes ou mauvaises fées se penchent sur son berceau. Ce sont les émotions qui ici jouent ce rôle. Mais les fées étaient en latin des fata, littéralement des "destins", autrement dit d’avenants avatars de l’intransigeant Destin. Elles prennent en charge la destinée de l’enfant pour l’assister, ou le contrarier, tout au long de sa vie. Elles siègent pour ce faire devant une console et il suffit d’appuyer sur un bouton pour transformer le cafard en gaieté, ou bien de toucher une boule pour assombrir une belle journée.

Riley reprend goût à la vie

La fillette se retrouve ainsi amenée à parcourir un formidable labyrinthe émotionnel où il est possible de se perdre, un labyrinthe qui abrite aussi bien d’horribles cauchemars que de (gentils) monstres comme Bing Bong. Le parcours est semé d’embûches, et inévitablement elle doit passer par une période de déprime qui la remet en cause. Mais la faute fatale qui lui fait perdre pied, ce sont ses parents qui l’ont commise : le déménagement. Elle n’en partage pas la responsabilité et ne peut par conséquent pas être condamnée, sinon à continuer de grandir. Son aventure, loin d’être une tragédie, est un conte de fées au quotidien. Il consiste en fait en un patient apprentissage de la vie dans sa plus grande simplicité. En attendant la prochaine épreuve : « Et puis maintenant Riley a douze ans. Qu’est-ce qui pourrait lui arriver ? »

mémoire des peuples

Parce qu'un homme sans mémoire est un homme sans vie, un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir.
Le maréchal Foch

On ne naît pas dénué de mémoire. Précédant tout apprentissage, l’organisme est porteur de certaines connaissances. Ses facultés ne se développent pas de façon anarchique, elles se réfèrent à un savoir préalable. Si l’on peut par exemple prétendre que c’est en imitant ses parents que l’enfant apprend à marcher (et comment en ce cas aurait-il appris à imiter ?), que dire du jeune animal qui, à peine né, se met sur ses pattes pour aller rejoindre la maternelle mamelle ? L’instinct représente une mémoire de l’espèce qui se transmet par-delà les générations : il guide les saumons vers les eaux qui les ont vu naître, écarte de la mer les animaux qui perçoivent l’imminence d’un tsunami, fonde l’ensemble des comportements et permet de s’adapter à l’environnement, de trouver sa place au sein du monde vivant.

Le monde physique lui-même serait doté de mémoire. De même que chaque neurone se souvient des informations qui lui sont soumises, la théorie des quantas affirme que les particules gardent la mémoire de celles qu’elles ont rencontrées, et l’homéopathie repose sur l’hypothèse que l’eau conserve l'empreinte des molécules avec lesquelles elle a été mise en contact. Tout serait donc mémoire : à la manière du patrimoine génétique, qui peut s’afficher ou bien sauter des générations, les traces du passé perdurent ; elles ne cessent de se transmettre tout en se redistribuant. « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme », comme aurait dit Lavoisier.

Photogramme de Fahrenheit 451 de François Truffaut
On sait, depuis Freud, combien des événements peuvent s’imprimer dans l’inconscient et profondément marquer, à leur insu, certains esprits. Il semblerait aussi que le stress éprouvé par des personnes traumatisées puisse se transmettre à leurs enfants sans que ceux-ci aient eu connaissance des faits. Certains régimes politiques ou les négationnistes cherchent bien, comme dans 1984 de George Orwell, à oblitérer des pans entiers de la mémoire collective. Mais le passé sans cesse resurgit et revient nous hanter, et le refoulé ne manque jamais de faire son retour. Sera-t-il jamais possible d’effacer totalement le disque dur et de conjurer la malédiction des Atrides ?

Outre ses instincts, l’homme entretient, dès le premier âge, tout un savoir qui ne relève en rien de son expérience personnelle : en quelque sorte une "mémoire sans souvenir" qui conditionne sa vision du monde et détermine sa conduite. Cet humus héréditaire alimente une mémoire cachée et élabore tout un bagage culturel qui vient affleurer à la surface de la conscience en revêtant différentes formes.

mémoire historique

Pierre Nora fait la distinction entre histoire et mémoire : celle-ci « est un phénomène toujours actuel », tandis que l’histoire propose « une représentation du passé ». Même si les historiens ne sauraient être impartiaux, dénués de point de vue, et si le récit des événements ne s’accordait pas aux époques où on les fait, l’Histoire se veut objective et indiscutable. La mémoire collective, somme de mémoires individuelles, reste, elle, totalement dépendante du contexte: l’environnement, le paysage, le climat, les aléas de l’actualité… Elle se développe par imprégnation et est particulièrement sensible aux rumeurs. C’est elle qui forge les modes, les tendances, les opinions qui seront transmises aux générations futures.

Quant aux faits historiques eux-mêmes, on ne les connaît que par ouï-dire. On ne se souvient des événements qui ont accompagné notre vie que par le témoignage de tiers ou par les médias. On doit s’en remettre à la mémoire des autres, il s’agit d’une mémoire filtrée, empruntée à la communauté.

Image pieuse
Entre école, mémoire familiale, propagande, préjugés et tradition populaire, se dessinent ainsi de grands modèles : des personnages auréolés pas le temps qui transcendent l’Histoire officielle. L’évhémérisme en faisait des dieux, les pharaons étaient divinisés et l’on rendait un culte à César. Le christianisme à son tour sacralisa ses saints, en attendant que des Hitler, Staline ou Mao fassent triompher le culte de la personnalité. De grands événements, des actions exemplaires s’associent à ces illustres figures pour jalonner le passé et donner ses couleurs au présent : Néron, Charlemagne à la barbe fleurie, 1515 Marignan, d’Artagnan, Gilles de Rais, saint Louis sous son chêne, le Roi Soleil, la Belle Époque..., autant de symboles emblématiques qui réécrivent, en l’amplifiant, l’Histoire et qui, au travers des romans, des images ou des films, s’impriment dans l’imaginaire populaire. La multiplication des lieux de mémoire qui cultivent le souvenir en "patrimoine touristique" participent de cette magnification des temps anciens.

Et cette mémoire ne cesse d’évoluer. Alain Finkielkraut par exemple, dans La Mémoire pour quoi faire ?, réagit au titre du documentaire de Bertrand Blier Hitler, connais pas ! (1963) : « Aujourd’hui on pourrait dire : "Hitler, connais que ça !" Et Hitler bien plus que tous les autres criminels ! C’est l’hitlerocentrisme de la mémoire qui nous constitue désormais en tant qu’Européens. »

mémoire légendai re

Mélusine édifie Lusignan

Selon Freud, les mythes et légendes représentent les « souvenirs d’enfance des peuples ». Plus encore que son passé historique, ce sont eux qui définissent l’identité de la communauté dont ils nourrissent la mémoire. On se souvient (souvenait ?) par exemple qu’en Anjou Gargantua triompha d’un terrible géant à Pruniers, des fées fréquentaient certains dolmens, saint Florent combattit des dragons ou saint Maurille ressuscita l’enfant qui allait devenir saint René... On se souvient aussi que la ville de Lusignan fut fondée par la fée Mélusine, ou qu’un monstre hante le Loch Ness…

Cette mémoire commune abrite des figures (le grand méchant loup…) et des images (la grande faux de la Mort…), elle énonce des dictons (Quand il pleut à la St-Médard…), tandis que les fêtes commémoratives, célébrées tout au long de l’année, assurent la cohésion sociale. Elle est profonde: il faut se rappeler que, derrière les rites chrétiens, se dissimulent d’anciens cultes païens. La Légende dorée et les vies de saints perpétuent la mémoire d’anciens héros ou divinités : c’est ainsi que saint Christophe a remplacé un monstre anthropophage à tête de chien, et sainte Brigitte la déesse celte Brigid. Bien peu des pèlerins qui effectuent le parcours de la Grande Troménie de Locronan ou qui viennent visiter la Vierge noire de Chartres se rappellent encore qu’ils accomplissent un rituel celtique ou qu’ils adorent la grande Déesse-Mère.

mémoire mythique

Lucas Cranach, Adam et Eve
Les légendes s’inscrivent dans un lieu et à un moment particuliers ; elles parlent de la mémoire d’une communauté. Les mythes, eux, concernent la mémoire de l’humanité. Ils racontent l’histoire du monde, rappellent les "scènes premières" propres à toutes les religions : la Création, le Paradis originel, le Déluge, le Grand Chambardement à venir… Ils rappellent les événements fondateurs des grandes civilisations, les commémorent et les réactualisent à travers les rites. Les mythes s’ancrent dans ce que Jung désigne en tant qu’"inconscient collectif", qui relève de l’instinct et qui constituerait l’« expression de la mémoire de l'espèce » : une mémoire universelle, fondement de l'imaginaire, enfouie au plus profond de la nature humaine.

Le mythe, expression d’un grand rêve communautaire, nous renvoie à un temps immémorial, "en ce temps-là". Il n’en est pas moins mémoire. J.-P. Vernant relativise ce concept de mémoire. Incarnée dans la Grèce archaïque par Mnémosyne, elle ne se souciait pas alors de relater une histoire personnelle ni d’imposer aux faits une quelconque chronologie. Véhiculée par des aèdes inspirés par les dieux, elle entretenait la tradition orale et avait une véritable fonction mythique : loin de partir en quête d’un passé éphémère, elle chantait les héros et les immortels et permettait ainsi « de sortir du temps, d’arriver à un état où, précisément, la temporalité n’existe plus ». Elle projetait ainsi l’histoire des dieux en un perpétuel présent, invitait les individus à une union mystique avec le divin et leur procurait « tout ce dont le groupe, pour demeurer lui-même, doit maintenir le souvenir ».

Livres

. Antonio DAMASIO, L'autre moi-même : les nouvelles cartes du cerveau, de la conscience et des émotions, O. Jacob, 2012
. Joël CANDAU, Anthropologie de la mémoire, PUF, 1996
. Antoine LEJEUNE, Michel DELAGE, La mémoire sans souvenir, Odile Jacob, 2017
. sous la direction d’Alain HOUZIAUX, La Mémoire pour quoi faire ?, Les Editions de l’Atelier, 2006
. Francis EUSTACHE et Béatrice DESGRANGES, Les chemins de la mémoire, Le Pommier, 2012
. Otto RANK, Le Traumatisme de la naissance, Payot, 2002
. Jean-Marie DOMENACH, Le Retour du tragique, Seuil, 1967
. Jean-Pierre VERNANT, Aspects mythiques de la mémoire, Mythe et pensée chez les Grecs, Maspero, 1965
. sous la direction de Pierre NORA, Les Lieux de mémoire, Gallimard, 1984-1992
. Maurice HALBWACHS, La Mémoire collective, Albin Michel, 1950

Films

. Claude LANZMANN, Shoah, 1985
. Ari FOLMAN, Valse avec Bachir, 2008
. Amos GITAI, Plus tard tu comprendras, 2008
. Barbet SCHROEDER, Amnesia, 2015
. Rithy PANH, L’Image manquante¸ 2013
. François TRUFFAUT, Fahrenheit 451, 1966
. Michael RADFORD, 1984, 1984
. Wolfgang BECKER, Good bye, Lenin !, 2003
. Abel GANCE, J’accuse, 1937
. László NEMES, Le Fils de Saul, 2015
. Eytan FOX, Tu marcheras sur l'eau, 2004
. Ken RUSSELL, Au-delà du réel, 1980
. Niki CARO, Paï : l'élue d'un peuple nouveau, 2003

Auschwitz, l'histoire de deux albums, webdocumentaire, réalisé par le réseau Canopé et la Fondation pour la Mémoire de la Shoah : www.reseau-canope.fr/les-2-albums-auschwitz/

Programme 2017-18

 

le labyrinthe du silence

Allemagne  - 2014 - 124 minutes - couleurs - VO

Réalisation : Giulio Ricciarelli
Scénario : Elisabeth Bartel et Giulio Ricciarelli
Image : Roman Osin
Musique : Niki Reiser
Interprètes : Alexander Fehling (Johann Radmann), André Szymanski (Thomas Gnielka), Friederike Becht (Marlene), Johannes Krisch (Simon Kirsch), Johann von Bülow (Otto Haller), Gert Voss (Fritz Bauer)

SUJET
Allemagne, 1958 : un jeune procureur soulève un voile sur le passé et découvre avec horreur ce que représenta le camp d'Auschwitz. Il entreprend de mettre à jour la réalité des faits et réunit les pièces et témoignages décisifs pour l'ouverture d'un procès contre d'anciens SS y ayant servi. Mais il se trouve confronté à l'hostilité de ceux qui préfèrent oublier cette tragique période. Déterminé, il fera tout pour que les Allemands ne fuient pas leur passé. Le procès se tiendra à Francfort, de 1963 à 1965.

vice-versa

USA, - 2015 - 95 minutes - animation - couleurs - VF

Réalisation : Pete Docter, Ronnie des Carmen
Scénario : Pete Docter, Meg Lefauve, Josh Cooley
Personnages créés par Chris Sasaki
Musique : Michael Giacchino 
Voix : Charlotte Le Bon (Joie), Pierre Niney (Peur), Gilles Lellouche (Colère), Mélanie Laurent (Dégoût)

SUJET
Les parents de Riley, 11 ans, déménagent dans une grande ville. La fillette doit s'adapter à cette nouvelle vie. Cinq émotions - Joie, Peur, Colère, Dégoût et Tristesse - veillent à ce qu'elle soit heureuse. Elles impriment dans son esprit des souvenirs représentés par des boules d'une couleur différente selon l'émotion dont ils sont porteurs. Mais la situation devient préoccupante lorsque Joie et Tristesse se perdent accidentellement dans les recoins les plus secrets de son cerveau : la Mémoire à long terme, le Pays de l'Imagination, la Pensée Abstraite ou la Production des Rêves. Jusqu'à ce que les émotions comprennent qu'elles sont complémentaires : les nouveaux souvenirs deviennent multicolores, permettant à Riley de retrouver son équilibre et de progresser dans la vie.

Je me souviens donc je me trompe

France - 2016 - 52 minutes - couleurs

Réalisation : Raphaël Hitier

SUJET
Notre mémoire, influencée de mille façons, nous trompe quotidiennement. Des dizaines de chercheurs démontrent l'existence des faux souvenirs et décortiquent les mécanismes de cette distorsion, grâce à l'imagerie cérébrale ou à des protocoles expérimentaux. Quelle confiance accorder à nos souvenirs qui forgent pourtant notre identité ? Quel rôle dans la maladie d'Alzheimer ? Quelle place pour le témoignage dans les affaires judiciaires ?

On sait injecter de faux souvenirs chez la souris et augmenter les capacités mnésiques chez l'homme… Sans oublier l'optogénétique, une nouvelle technique qui révolutionne les neurosciences et permet d'effacer et de restaurer, à la demande, les souvenirs dans le cerveau des souris. On pourrait ainsi traiter la maladie d'Alzheimer ou les syndromes post-traumatiques, ou bien manipuler, voire conditionner les individus…